Le mouvement syndical de la Seconde Guerre Mondiale à nos jours
Les syndicats dissous durant la Seconde Guerre Mondiale
Par la suite, durant toute la Seconde Guerre Mondiale, les syndicats de même que les partis politiques seront dissous et interdits. Il y a une emprise totale du pouvoir sur le monde professionnel. Des groupements professionnels sont créés par le régime et sont les seuls interlocuteurs entre les différents secteurs professionnels et le régime.
Pour compenser les pertes de libertés fondamentales que la population avait perdu, le Gouvernement de l’Amiral Robert met en place l’application de différentes mesures sociales :
- Lutte contre la hausse des prix de la vie
- Extension des allocations familiales
- Augmentation du montant des allocations familiales
- Développement de cantines scolaires
- Régime d’assistance à tarif très bas en faveur des travailleurs peu fortunés
- Création d’un service de l’Assistance Sociale
- Entreprise de grands travaux publics
Ainsi le nombre de bénéficiaires d’allocations familiales accordées aux salariés des entreprises privées et aux auxiliaires de l’administration a considérablement augmenté. À noter que la création d’un service de l’Assistance Sociale avait comme vocation non seulement de réduire la pauvreté (faire collaborer la charité publique et privée, de coordonner l’action des conseillères municipales, d’augmenter le contact entre les classes et les races sur le terrain de la charité) mais aussi de développer une bonne opinion du régime auprès de l’opinion et enfin d’avoir des renseignements importants sur l’état d’esprit de la population.
Ces mesures ne trouvent pas yeux auprès des grands propriétaires dont la principale préoccupation est de trouver une main d’œuvre abondante au coût minimal. Du côté de la population, ces mesures n’effacent pas les privations de liberté qu’ils subissaient et leur regard reste inchangé et négatif à l’égard de l’Amiral Robert. De plus, ils craignent que ces mesures ne soient supprimées à l’avenir.
1946, des réformes nécessaires qui passent par le politique
Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, la Martinique est dans une situation économique très précaire. Presque un siècle après l’abolition de l’esclavage, l’île est toujours une colonie française, ses citoyens sont certes français mais la différence de niveau de vie entre la métropole et la colonie est abyssale.
Sur une population active de 73 000 personnes :
- 41 422 travaillent dans le secteur agricole
- 1 046 dans l’industrie
- 4 777 dans le commerce
- 4 078 étaient dans le secteur public
- 3 677 dans l’artisanat
- 5 246 dans la pêche
- 1 031 occupaient des professions libérales.
La population vit dans une grande misère, l’île étant sous-développée et les stigmates d’une société esclavagiste étaient toujours présents.
Localement il y a un fossé entre une minorité de gros propriétaires, principalement 10 familles Békés et le reste de la population dont le niveau de vie est au plus bas.
Aimé Césaire alors Maire de Fort-de-France et Député de la Martinique est conscient que la seule voie qui pourra amener au développement de la Martinique passe par un changement de statut de l’île et va se battre pour la départementalisation de l’île. À l’Assemblée Nationale, Césaire dresse le portrait de la Martinique de l’époque :
Dans un pays à salaires anormalement bas et où le coût de la vie se rapproche très sensiblement du coût de la vie en France, l’ouvrier est à la merci de la maladie, de l’invalidité, de la vieillesse sans qu’aucune garantie ne lui soit accordée. Pas d’indemnités pour les femmes en couche, pas d’indemnité pour le malade, pas de pension pour le vieillard, pas d’allocation pour le chômeur… À côté du château où habite le féodal, l’ancien possesseur d’esclaves, voici la case, la paillotte avec son sol de terre battue, son grabat, son humble vaisselle, son cloisonnement de toile grossière tapissée de vieux journaux. Le père et la mère sont aux champs. Les enfants y seront dès 8 ans.
Les syndicats, à savoir la Confédération Générale du Travail (CGT), la Fédération des Syndicats de Fonctionnaires et le Parti Communiste, premier parti politique en Martinique à l’époque vont devenir les locomotives d’un puissant mouvement social pour imposer des lois déterminantes pour le développement de l’île. Pour ces forces syndicales et politiques, elles étaient conscientes que « rien ne s’obtient sans lutte ».
Ainsi pendant des décennies elles vont s’atteler à lutter pour inverser les chiffres de la pauvreté en Martinique. Leur revendication principale est une augmentation des salaires pour faire face à un coût de la vie qui ne cesse de grimper notamment à cause de la dévaluation du franc par rapport au dollar (le dollar passe de 50 à 120 Francs) provoque une flambée des prix dans l’île. À cette époque la Martinique les États-Unis étaient l’un des principaux fournisseurs de marchandises de la Martinique. Cette dévaluation du franc va amener les gouvernants à se tourner davantage vers la France.
Les grèves se multiplient, les dockers du port obtiennent une augmentation de 60% de salaire. Après 3 jours d’arrêt de travail en novembre, une prime de 25% est accordée aux fonctionnaires du cadre locale avec une augmentation mensuelle de 1 800 francs. Les ouvriers agricoles obtiennent du gouvernement une réévaluation de la tâche de canne à 222 francs.
Victor Lamon représentant de la CGT obtiennent du Fonds Social de subventionner les cantines scolaires, d’acheter un camion radiologique et un camion dentaire et le financement de la Maison des Syndicats à Fort-de-France.
Les députés interviennent auprès du gouvernement et de l’Assemblée pour obtenir favorablement un allègement d’impôts pour les instituteurs et répétiteurs, de même que les ouvriers et les fonctionnaires en grève. De plus, ils décrochent également l’application du statut de la Fonction Publique, la mise en œuvre de statut du Plan d’Équipement proposé par le Conseil Général, l’envoi d’une mission de 8 hauts fonctionnaires pour étudier l’extension des lois métropolitaines.