La grève des ouvriers agricoles de Janvier 1923

En 1922, le rhum est à son apogée, les bénéfices pour les rhumiers sont colossaux mais seuls les Békés profitent la manne. Les salaires des ouvriers agricoles n’augmentent pas. Les ouvriers du Sud travaillant pour les Hayot se révoltent. Des incendies sont signalés.

 

Récolte de la canne à sucreLe 29 janvier 1923, une grève débute alors dans les centres du Lorrain, Sainte-Marie, Basse-Pointe, Macouba et Trinité. A l’époque le salaire du coupeur de canne était de 3 F et celui de l’amarreuse de 2,50 F. Le coût de la vie qui avait drastiquement augmenté notamment lors des pénuries durant la guerre faisait cependant que la misère ouvrière était comparable à ce qu’elle était au début du siècle.

Pour se rendre compte de la tâche quotidienne des ouvriers agricoles, ils devaient frapper l’équivalent de 10 000 coups de coutelas et récolter 5 km de canne à sucre pour être percevoir leur salaire.

Les ouvriers se mettent en grève et réclament le paiement de la journée de travail à 4,50 F pour le coupeur et 3,50 F pour l’amarreuse.

Cette grève aura de nombreuses similarités avec la grève de 1900. Cette fois encore tout débute par une grève marchante avec des ouvriers allant d’habitation en habitation pour réclamer aux ouvriers de cesser le travail et rejoindre le mouvement.

Les usines du Nord Atlantique au Lorrain et Sainte-Marie sont stoppées net.

Le 9 Février, en partant de Sainte-Marie pour se rendre à Trinité, les manifestants sont attendus par un cordon de gendarmes et des cadres d’usine sur l’Habitation Ressources. Ils n’hésitent pas à tirer sur les manifestants qui sont restés à distance. Deux manifestants trouvent la mort, Flavini Dantes et Laurence Marlacy alors âgée de 29 ans et trois autres furent blessés.

Une nouvelle fois, une grève ouvrière se terminait dans un bain de sang mais contrairement à 1900, cette grève fut un échec car les ouvriers n’obtinrent pas l’augmentation réclamée. Pire, les ouvriers allaient subir de violentes répressions dans lors des futures manifestations et un climat de violence et tensions (attaque d’Eugène Aubéry, assassinat de Charles Zizine et Louis des Étages à Ducos, fusillade du Diamant) allait régner en Martinique au cours des prochaines années.