La « marche de la faim » des ouvriers agricoles en 1935
En 1935, la Martinique connaît l’une des plus puissantes luttes ouvrières de son histoire. C’est aussi la période d’apogée des syndicats ouvriers agricoles. En Février 1935, à l’aube de la saison de récolte de la canne à sucre, la question des salaires des ouvriers se pose une nouvelle fois.
La canne à sucre de laquelle les produits dérivés, le sucre et le rhum représentent 95% des exportations de l’île était la culture dont dépendait la majorité de la main d’œuvre dans l’île. Pourtant ces deux produits connaissaient la crise étant donné la concurrence avec le sucre de betterave et la décision du gouvernement français d’établir un quota sur les exportations de rhum en métropole.
Aussi dans les usines est décidé une baisse des salaires de 20 à 30% et la suppression des gratifications accordés aux employés. Le Gouverneur approuve la baisse des salaires des ouvriers de 20%. Dès lors, les ouvriers se révoltent et comme souvent le mouvement part des communes du Nord Atlantique où les ouvriers de diverses communes entre Basse-Pointe et Sainte-Marie procèdent à des incendies.
Dans le sud c’est à l’Usine de Rivière-Salée et celle de Petit-Bourg que débutent les premières étincelles.
Le 10 Février 1935, le gouverneur demande l’arrestation du très populaire Irénée Suréna alors délégué des ouvriers à la commission consultative du travail. Il était auparavant le fondateur du syndicat des employés d’usines et avait été licencié pour son militantisme.
Cette arrestation va définitivement accroître les tensions locales. Le même jour, des ouvriers se rassemblent à Morne-Pitault au Lamentin. Le 11 Février ils se rendent à Fort-de-France dans ce qu’on a appelé la « Marche de la faim ». Ils se rassemblent devant le palais du Gouverneur et les gendarmes tentent de les écarter. Ils sont vite rappelés à l’ordre par le Maire de Fort-de-France de l’époque, Victor Sévère, alors présent sur place qui leur demande de partir.
Les ouvriers avec le Maire de Fort-de-France et ses adjoints se rassemblent devant la prison et réclament la libération de Suréna. Face à l’ampleur de la manifestation, le Gouverneur Alfassa n’a d’autres choix que de libérer le syndicaliste.
Le 12 Février des négociations se tiennent à la chambre de commerce avec la présence du Président de la Chambre de commerce, Damien Suvélor, les délégués ouvriers, Ludovic Maller, Sainte-Croix Lambert, Georges Melon et les maires respectifs de Rivière-Salée et du Lamentin de l’époque, Joinville Saint-Prix et Docteur Cognet. Pas un seul ouvrier était présent.
Un accord intervient fixant le salaire au même niveau que l’année précédente. Les ouvriers d’usine, les cabrouettiers, les mulétiers devront travailler 6 jours par semaine. Ceux qui ne respectent pas les accords se verront infliger une baisse de salaire de 15%.
Le salaire reste de 20 F au total pour le coupeur et l’amarreuse quand ils auront effectué 5 jours de travail et ils auront 3 F de plus s’ils travaillent une journée supplémentaire.
Le patronat obtient un accroissement de la charge de travail par ouvrier (20 piles de 25 paquets d’un mètre au lieu de 80 cm). Au final, les ouvriers devaient travailler plus pour le même salaire qu’auparavant.
Dans plusieurs communes cet accord est mal perçu et les ouvriers y voit surtout leur désavantage à savoir un allongement du temps de travail. Dans plusieurs communes, la reprise du travail est difficile.
Deux choses à retenir de cette grève, les ouvriers n’auront pas été les grands gagnants de cette grève. S’ils ont pu obtenir de conserver leur salaire de l’année précédente, ils devront malgré tout travailler plus. En manifestant en force, ils avaient réussi à faire plier les autorités et obtenir la libération du syndicaliste Suréna sans que cette manifestation ne finisse dans un bain de sang.