Début du syndicalisme en Martinique
Les sociétés de secours mutuels
En Septembre 1870, la France redevient une République, la 3ème fois de son histoire et ce changement vient avec tout plein d’avancées démocratiques comme le suffrage universel masculin, l’arrivée de Conseils municipaux et généraux où les parlementaires représentent les différents courants et toutes les composantes de la société et la liberté de la presse pour favoriser l’expression populaire.
En 1880, les premiers syndicats apparaissent en France métropolitaine et la Martinique va rapidement suivre le mouvement. En Martinique, les syndicats seront les voix de causes comme le racisme et les inégalités sociales et économiques hérités de la période esclavagiste.
Mais avant l’arrivée des syndicats, la Martinique va voir la naissance de ce qu’on appelle des sociétés de secours mutuels. Les sociétés de secours mutuels étaient avant tout des groupements solidaires pour défendre des causes communes, soutenir les ouvriers en incapacité de travailler des suites d’une maladie ou d’un accident ou financer leurs funérailles. Les ouvriers payaient une souscription et en échange ils avaient droit à certaines aides (paiement de médicament et des soins chez le médecin en cas de maladie, pension garantie en cas d’incapacité à travailler, paiement des frais funéraires en cas de décès). La première société de secours mutuel fut créée à Saint-Pierre et s’appelaient « Le Progrès ». Après furent créées « L’Avenir de Case-Navire », Case-Navire étant l’ancien nom de la commune de Schœlcher, « l’Union Républicaine du Prêcheur » en 1886 ou encore « L’Avenir » et « La Fraternité » à Basse-Pointe.
12 sociétés rassemblaient à elle toute 582 adhérents actifs et 129 membres d’honneur. Plus tard va apparaître « L’Avenir » de Ducos et « Union et Fraternité » de Rivière-Pilote en 1890.
Comme pour devenir membre il fallait payer une cotisation, beaucoup d’ouvriers n’avaient pas les revenus nécessaires pour y souscrire et ainsi profiter des aides qu'offraient les sociétés de secours mutuels. Les communes participaient aussi à l’effort. Ainsi Fort-de-France et Saint-Pierre leur accordaient la somme de 500 francs chaque année et les autres communes participaient à hauteur de 200 à 300 francs.
Les sociétés de secours mutuels étaient soutenues par les politiques de l’époque. D’ailleurs Delphino Moracchini le gouverneur de l’île en 1890, avait même écrit au ministre pour se réjouir de leur popularité dans la population.
Les sociétés de secours mutuels étaient l’ancêtre de ce qu’est la Sécurité Sociale aujourd’hui.
Ce modèle de mise en commun de biens dans l’intérêt de tous allait aussi être les prémices des syndicats qui allaient apparaître en Martinique en 1884 suite à une loi nationale les autorisant.
La naissance des syndicats en Martinique
En 1884, après 8 années de débats à l’Assemblée Nationale, une loi appelée « Waldeck-Rousseau » est promulguée le 21 mars 1884 autorisant la formation de syndicats. Avocat, Républicain convaincu et passionné par la question sociale, Pierre Waldeck-Rousseau (1846-1904), est nommée Ministre de l’Intérieur de Léon Gambetta en 1881 et Jules Ferry en 1883. C’est au cours de ce mandat qu’il fera voter une loi autorisant la formation de syndicats.
Attention cependant cette loi interdit la création de syndicats dans la fonction publique. Il faudra attendre 1946 pour qu’ils soient à autorisés pour les fonctionnaires.
Les syndicats seront créés dès l’année de la promulgation en Martinique avec cependant des débuts délicats. Les ouvriers avaient peur d’y adhérer et ainsi subir les représailles de leur patron et aussi d’être mal vus par ces derniers. D’ailleurs les premiers syndicats avaient des patrons en leur sein.
En 1899, il y avait 2 syndicats patronaux, le syndicat agricole (38 membres) et le syndicat des fabricants de sucre (74 membres). Plus tard vont apparaître des syndicats pour tous les corps de métiers comme par exemple l’Association des Médecins qui voit le jour en 1893 et avait 25 membres sous la présidence du Docteur Morestin.
Le premier syndicat ouvrier apparait en 1886. C’était celui des tonneliers (artisans fabriquant les tonneaux) avec 173 membres en 1886. Le Président est Félix Loubé qui annonce :
Le 15 Septembre 1886, les ouvriers tonneliers de Saint-Pierre se sont réunis à l’effet de constituer un syndicat professionnel dans le but de se fraterniser, se soutenir au travail et combattre les abus des patrons.
Les problèmes allaient cependant se multiplier. La variole allait décimer ses adhérents et un cyclone allait aussi amplifier la mauvaise passe. De plus, ils faisaient face à la concurrence de tonnellerie mécanique de Fond-Coré à Saint-Pierre.
La classe ouvrière de l’époque connaissaient de multiples problèmes tels que les catastrophes naturelles, les épidémies, le chômage, la réduction du temps de travail, l’industrialisation et donc la concurrence face aux machines et par conséquent une misère généralisée.
Les différentes crises et changements économiques de l’époque accentuaient les difficultés rencontrées par les ouvriers. Les tonneliers étaient vus en modèle pour lutter contre les abus du patronat.
Il n’y avait par contre pas de syndicats pour les ouvriers agricoles et ceux des usines qui à l’époque constituait la majorité de la main d’œuvre. En cas de problème majeur avec le patron d’une Habitation, les ouvriers réagissaient en incendiant les champs ou les cases à bagasses. Parfois la détresse ouvrière était telle que l’ouvrier décidait de mettre fin à ses jours en se pendant.