La poussée syndicale
Une des conséquences de la grève de Février sera la poussée du mouvement syndical. Alors qu’auparavant les ouvriers agricoles avaient peur d’être syndiqués par peur de représailles, désormais ils prennent conscience que la lutte de leurs droits passe par un mouvement uni et fort.
Aussi dès le lendemain de la grève, les travailleurs créent des syndicats dans plusieurs corps de métiers. En Septembre-Octobre 1900 apparaissent le syndicat des ouvriers maçons (80 membres), des chantiers (60 membres), des cordonniers, typographes, de la métallurgie, des employés de commerce et d’industrie et des employés de commerce de d’industrie.
Le premier syndicat des ouvriers agricoles apparaît au Lorrain avec 1081 membres et sera suivi par d’autres présents dans d’autres communes.
Cela inquiétait les autorités locales et notamment le Gouverneur Merlin qui fait un rapport au Ministre : « Il s’en crée un peut sur tous les points de l’île ».
En juin 1901, suite à une grande réunion générale est décidée une Bourse du Travail qui rassemble tous les syndicats de Saint-Pierre. Le programme est le suivant :
- Création de coopératives,
- Bureau de placement,
- Caisse contre le chômage,
- Retraites ouvrières,
- Banque de placement,
- Caisse contre le chômage,
- Retraites ouvrières et
- Banque de crédit pour le petit exploitant agricoles
Par la suite différents corps de métiers se mettront en grève. On peut noter la grève des typographes de l’imprimerie du journal « Les Antilles » suite au licenciement d’un employé le 30 novembre 1900 ou encore les charbonniers et charbonnières (photo ci-contre) qui transportaient le charbon (combustible utilisé à l’époque par les navires de transports de marchandise) sur les ports de Saint-Pierre et Fort-de-France. Payé 20 centimes de l’heure, ils réclamaient à la Compagnie Générale Transatlantique qui les employaient 30 centimes pour une tâche qui était très physique.
Le Conseil Général accorde une bourse de 500 francs à chaque syndicat local. Cependant cette poussée syndicaliste inquiète les classes bourgeoises qui vont tenter d’en faire des sociétés de secours mutuels. Les patrons essaient de rapprocher des syndicats également mais sans succès parce que les différends étaient trop importants pour qu’il y ait une entente.
Le mouvement syndical martiniquais obtiendra du Gouvernement Français l’application de la loi du 20 juillet 1886 qui créait la Caisse Nationale des retraites pour la vieillesse ainsi une pension serait versée pour les retraités martiniquais.
En 1905, suite à une nouvelle grève générale après que le salaire des ouvriers ait baissé, ils obtiennent le relèvement des salaires à 1,50 F pour le coupeur de cannes et 1,25 F pour l’amarreuse. Le caïdon et l’obligation d’achat dans les boutiques des propriétaires est supprimée. Il y avait cependant toujours des boutiques établies à proximité des usines et des habitations en 1910.
Les syndicats des ouvriers agricoles étaient encore peu nombreux en 1910. La Martinique n’en recensait que 4 (Lorrain, le plus puissant et qui comptait des petits propriétaires, Sainte-Marie, François et Vauclin). Deux nouveaux syndicats allaient voir le jour au Robert et à Trinité. Les syndicats des communes restaient sous l’influence du patronat et étaient dénués de ressources.
Les syndicats des autres corps de métiers présents à Fort-de-France rassemblaient plus 500 ouvriers et allaient avoir des résultats plus probants.
A noter que les syndicats et les partis politiques seront étroitement liés. D’abord c’est le Parti Socialiste qui aura les relations les plus proches avec les différents syndicats et leurs leaders notamment qui vont intégrer des partis politiques avant que le Parti Communiste fondé après la Première Guerre Mondiale ne rafle les faveurs des syndicats.