Les premières grèves (1882-1939)
Janvier 1882 (Sainte-Marie et Trinité)
Les premières grèves en Martinique auront lieu avant même l’autorisation des syndicats. Ainsi en Janvier 1882 à Sainte-Marie et Trinité les ouvriers apprennent que le gouverneur a décidé de fixer le minimum salarial à 3 francs par jour. Dès lors, ils parcourent les campagnes afin d’informer tous les ouvriers agricoles sur les plantations environnantes de ne plus accepter de travailler pour un salaire inférieur au minimum fixé par le gouverneur.
Les ouvriers se mettent donc en grève et certaines habitations doivent faire face à un arrêt total de travail. Les ouvriers récalcitrants sont empêchés de travailler et voient leurs outils être brisés. En réaction, le géreur tire sur les grévistes et des blessés sont à déplorer dont François Odon considéré comme l’un des leaders du mouvement. Plusieurs grévistes sont arrêtés mais rapidement relâchés car acquittés.
Les maires de Sainte-Marie et Trinité doivent intervenir pour rétablir le calme.
Bien que de courte durée et localisée que sur les deux communes, cette grève va marquer l’esprit des patrons qui redoutent des grèves et des arrêts de travail comme cela était le cas en France métropolitaine à la même période. Aussi, ils n’hésitèrent pas à rapporter les faits en métropole dans la presse et auprès du Ministre et parler même de « menace sur la vie des Blancs ».
Divers arrêts de travail
L’arrivée du sucre de betteraves dans les assiettes des Européens allait fragiliser le sucre de canne des Antilles et les conséquences seraient dramatiques pour les ouvriers. La production mondiale qui était e 4 millions de tonnes dans les années 1880 passe à 12 millions dans les années 1900. Avec la concurrence du sucre de betterave, les prix d’exportation du sucre de canne s’effondrent, passant de 57 francs pour 100 kg de sucre dans les années 1880 à 40 francs dans les années 1895. Les exportations de la Martinique régressent de 39 à 18 millions de francs. Aussi, face aux conjonctures défavorables, les baisses de revenus des planteurs se répercutent sur les salaires des ouvriers.
Les planteurs cherchent à imposer une diminution des salaires aux ouvriers. En 1885, les baisses de salaire concernent tous les ouvriers de l’île.
Au François suite à une baisse de 20% du salaire des ouvriers agricoles, ces derniers se mettent en grève en Janvier 1885 et refusent de travailler pendant quelques jours.
Au Robert à la même période, des ouvriers agricoles refusent de reprendre le travail. Les gendarmes sont très vite appelés par les géreurs de l’Habitation.
Presque partout dans l’île le salaire des ouvriers agricoles n’était plus que de 75 centimes par jour. Les propriétaires estimaient que vu que les ressources vivrières abondaient en Martinique, les ouvriers n’avaient pas besoin de davantage de revenus.
M. Braud alors directeur de l’usine du Marin disait même :
La vie y est facile, les fruits à pain et mangots tombent du ciel, les crabes sortent de terre, le poisson et les écrevisses abondent. Il n’y a pas d’hiver. Le peuple est pauvre, mais jamais malheureux.
Quand les revenus augmentent les Békés ne répercutent pas leurs hausses de revenus sur la vie des ouvriers. D’ailleurs ces derniers doivent redoubler d’efforts pour percevoir le même salaire. Vu que la conjoncture était mauvaise, les ouvriers se plient aux demandes du patronat.